"Jeu" mortel entre militaires en mission "Sentinelle" à l'hôpital militaire Percy à Clamart (Hauts-de-Seine) : une scène de drame maquillée en question ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
Dans l'affaire du "jeu" avec une arme entre militaires alcoolisés qui a fait un mort mi-février près de Paris, le chef de groupe reconnaît avoir ordonné de ranger la scène du drame avant l'arrivée des policiers pour "minimiser" les sanctions, selon des éléments du dossier dont l'AFP a eu connaissance vendredi.
Tout commence par un "apéro" de sept membres du 35e régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes (Hautes-Pyrénées) en mission "Sentinelle" à l'hôpital militaire Percy à Clamart (Hauts-de-Seine).
Les enquêteurs relèvent une "consommation excessive d'alcool", entre rhum et bières, cette nuit de la Saint-Valentin, alors qu'un "jeu" de réactivité avec une arme s'instaure, mot utilisé par les enquêteurs.
Benjamin L., 20 ans, dit avoir pressé "la détente", juste "pour entendre le fameux clic" du percuteur, comme cela s'est répété auparavant, à vide.
Ce militaire admet alors ne pas vérifier l'arme et assure ne pas réaliser qu'il pointe son camarade: Alexandre Lanckbeen, 21 ans, grièvement blessé dans la nuit du 14 au 15 février, est décédé le 20 février.
Benjamin L., Mohamed C., 34 ans, chef de groupe, et son adjoint Fabien B., 30 ans ont été mis en examen mi-février à Paris, dont le parquet est compétent en la matière.
L'enquête se focalise notamment sur les responsabilités présumées des deux derniers, qui n'étaient plus présents au moment du tir fatal. L'arme est celle de Mohamed C., laissée dans la salle commune, et non sous clé, comme évoqué par le journal Libération.
Le sous-officier soulève "les conditions matérielles de stockage": "code de l'armoire forte connu de tous, armes et munitions dans un même espace, absence d'armurier dédié", commente auprès de l'AFP son avocate Marie de Fleurieu.
Mohamed C., devant les enquêteurs, se remémore ordonner de "balancer la bière" ou "vider les poubelles" avant l'arrivée des policiers. Il ne pense pas à ce moment à "maquiller une scène de crime" mais veut "minimiser" les sanctions militaires.
Dans un "contexte" de "sidération", ce sous-officier a "mécaniquement souhaité que l'espace immédiat soit +propre+ pour faciliter l'intervention des secours et les constatations", défend Me De Fleurieu.
Un militaire certifie aussi avoir "jeté" des "objets" sur ordre de l'adjoint du chef de groupe. Fabien B. est aussi désigné par des témoins comme l'initiateur du "jeu".
Me Eliott Amzallag, avocat de Fabien B., conteste auprès de l'AFP "qu'il s'agissait d'un jeu: les jeunes (militaires) s'interrogeaient sur la faisabilité d'une manœuvre, et mon client a fini par la leur montrer".
Cette affaire "est le résultat direct d'une violation grave des règles élémentaires de sécurité par la hiérarchie", insistent auprès de l'AFP Mes Baptiste Bellet et Anne Desriaux, défenseurs de Benjamin L.
"Mes clients sont totalement bouleversés et attendent de comprendre comment leur enfant a pu disparaître de manière aussi absurde", expose à l'AFP l'avocat de la famille d'Alexandre Lanckbeen, Me Laurent-Franck Liénard.

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